Au bon vieux temps de la Semaine de Suzette

Retrouvailles avec des illustrations, contes, histoires, conseils, jeux et autres sujets pour enfants, du temps de la Semaine de Suzette, époque si désuète et charmante.

dimanche 23 mars 2008

Noël à Pâques ...

noel__almanach_pour_1912_"Quelle bonne surprise je vais me faire demain matin en me réveillant !

Noël, hist. drôle, Almanach pour 1912,
ill. Le Rallic

* * *

Il s'agit ici d'une illustration réalisée par Le Rallic quand il n'avait que 21 ans. Sa signature n'a d'ailleurs pas encore la vigueur qu'on lui connaît. Peu lisible sur cette image, cette signature est visible dans l'article "Illustrateur: Le Rallic / Levesque".

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dimanche 2 mars 2008

Un trio de gourmands

trio_de_gourmandsTony, Nanette et Nanon sont trois incorrigibles gourmands. Tante Anne leur donne chaque matin un bonbon qu'ils viennent chercher dans sa chambre. L'autre jour, Nanon, qui était montée sur une chaise pour recevoir sa friandise, sauta si maladroitement qu'elle roula à terre. Sa tante la relève bien vite.

- Pleures-tu parce que tu t'es fait mal ou parce que tu as déchiré ton tablier ?
- Non,
répond Nanon à travers ses sanglots, c'est ... par ... ce .... que ... en tombant ... j'ai avalé ... mon bonbon ... sans le sucer !

Pour la consoler, tante Anne lui en donne un autre dont elle pourra savourer le goût à loisir, et l'emmène changer son tablier. En quittant sa chambre, elle recommande aux aînés de ne pas toucher à la boîte de bonbons et en vérifie le contenu à son retour.

- Bravo ! La bonbonnière est intacte !
- Tante, répon Tony, d'un air navré, c'est parce que nous n'avons pas pu l'ouvrir !

Tiré de Mon Journal, du 3 juin 1922,
ill. J. Duché

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dimanche 27 janvier 2008

Niniche purge sa poupée

  1. Niniche_1Niniche est une petite fille qui n'en fait qu'à sa tête. On l'appelle Marijordonne. Elle a une belle poupée qu'elle tripote du matin au soir et qu'elle débarbouille à tout instant.
       
  2. Si bien que le vermillon de ses joues disparaît peu à peu. Catoche, lui dit-elle un jour (Catoche, c'est le nom de la poupée), je te trouve pâlotte. Tu as peut-être des vers, ma fille. Je parie que tu as besoin de te purger.
    Oui, mais comment s'y prendre ? Comment purger une poupée ? Vous croyez que ça embarrasse Niniche ? Ah, vous ne la connaissez pas !
       
  3. Il y a une boîte de pilules purgatives sur le secrétaire de sa mère. Elle s'en empare.
       
  4. Pour les introduire dans la bouche de Catoche, elle fait un trou avec la pointe ..
       
  5. des ciseaux à ongles, et une à une, elle introduit les pilules. Toute la boîte y passe. Là, maintenant, ma petite chérie, à dodo. Tu vas reposer bien tranquillement. Les pilules vont faire leur effet à ton réveil, comme dit le docteur. Tu mangeras légèrement, du thé, du pain et des confitures. Après ça, tu seras tout à fait jolie. Tu reprendras ta bonne mine.
       
  6. Au revoir, Catoche. Eh bien, non ! Catoche est toujours aussi pâle le lendemain. Mon dieu ! Qu'est-ce qu'elle peut bien avoir, cette enfant-là ?
       
  7. Elle la montre à son frère Toto, d'un an plus âgé qu'elle, mais qu'elle juge plein d'expérience. Celui-ci, sans plus ..
       
  8. de façon, prend Catoche et la secoue ! Tiens ! Ça sonne dans son ventre. Diable ! C'est mauvais signe. Niniche avoue qu'elle lui a fait ..
       
  9. avaler toute une boîte de pilules. T'as exagéré, tu lui as détraqué la digestion, ma petite, c'est une grave imprudence. Ta fille va peut-être en mourir !
       
  10. Ces paroles peu encourageantes effrayent beaucoup Niniche. Elle se désole. Que faire ? Comment rendre à Catoche sa fraîcheur et sa santé. Infortunée Niniche ! C'est affreux !
       
  11. Niniche_2Je ne vois qu'un remède, continue le sage Toto, c'est le grand air. Il n'y a que ça pour fortifier les enfants. Faut la porter dans le jardin, au bord de l'eau ..
       
  12. et puis la laisser là pendant quelque temps. Si tu veux, je vais l'installer moi-même. Là, comme ça. Elle sera très bien ainsi, mam'zelle Catoche. Elle va respirer à pleins poumons. Ça ne vaut rien d'être toujours enfermée. Niniche reprend immédiatement de l'espoir. Sur ces entrefaites, voilà ses amies, Tata et Poulette ..
       
  13. qui viennent la voir. On s'installe à faire une partie de bataille sous les arbres et, ma foi, on ne pense plus du tout à Catoche, mais plus du tout. C'est seulenent le lendemain matin ..
       
  14. que Niniche y songe et elle s'en va bien vite la retrouver. Horreur ! Catoche est noyée ! Niniche pousse des cris perçants qui attirent Toto. Que s'est-il passé ? Tout simplement que le jeune chat de la maison a joué lui aussi ..
       
  15. à la poupée et il l'a poussée dans le bassin. Mais nos enfants l'ignorent. Toto, qui n'a pas plus de cervelle que sa soeur, se sent en veine d'héroïsme. Il faut sauver Catoche. Il ne fait ni une, ni deux, il s'élance et pique une tête en pleine eau. C'est magnifique. Il patauge un instant, puis s'enfonce dans la vase et il s'en serait tiré ..
       
  16. difficilement, si le jardinier n'était accouru à son secours. Il sort du bassin le garçon et la poupée. Puis il en sort lui-même et tous les trois sont dans un joli état, inutile de le dire. Hélas ! à la vue de Catoche, Niniche se doute bien qu'il ..
       
  17. Niniche_4sera impossible de la rappeler à la vie ! Mais les cris ont attiré maman qui prononce ces mots: Mademoiselle, vous n'aurez d'autre poupée que lorsque vous voudrez bien consulter votre mère avant de suivre vos fantaisies, et vous, monsieur, vous n'aurez pas de marmelade de pommes sur votre pain, pendant deux jours !

Tiré de Lisette, du 23 avril 1922 (2e année),
ill. Eugène Le Mouël

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dimanche 4 novembre 2007

Comment coiffer les petites filles

comment_coiffer_1Lorsqu'on pénètre dans une assemblée de fillettes, on a parfois, devant toutes ces petites têtes aux cheveux coupés, l'impression qu'on est parmi de jeunes garçons. On voit de moins en moins - et c'est dommage ! - les longues nattes, les soyeuses et seyantes anglaises, dont se paraient si joliment, au temps de la comtesse de Ségur, les petites filles modèles.

Cependant, que les cheveux soient courts ou longs, il est bien des façons de coiffer nos filles. Mais, avant d'en adopter une, il est bon d'étudier, d'abord, le visage qu'elle doit faire valoir.

comment_coiffer_2comment_coiffer_3Une enfant brune aux cheveux plats sera charmante le front dégagé, la frange ramenée en arrière par un peigne rond. Cette arrangement, à la fois net, chic et très pratique, mais qui ne saurait convenir à une petite maigriote, avantagera une figure ronde, aux joues pleines, en accentuant son caractère de santé.

Le ruban de velours ceignant étroitement la tête fera fort bien dans une chevelure claire, facilement ébourriffée et qu'il disciplinera.

Une raie sur le côté, laissant une grosse mèche en auvent sur les yeux, embellira l'enfant aux traits irréguliers.

Pour les cheveux mousseux, la coiffure à l'Infante restera la préférée avec sa mèche rattrapée sur la tempe par une cocarde de taffetas. On relèvera par devant, avec un lien qui s'appliquera sur le front, les longues boucles - s'il en est ! - tandis que les plus courtes flotteront librement.

Encadrée d'une coiffure dite "genre Sophie", une figure rieuse semblera plus aimable encore: on roulera les cheveux sur des rubans de moire noués à la hauteur des tempes.

Enfin, s'il s'agit d'une toison longue et épaisse, deux pesantes tresses, ramenées en avant, la partageront, à moins qu'on ne préfère tourner sur les oreilles les nattes bien lisses qu'on avancera sur les joues.

Tiré de Nos Loisirs; Revue de la Femme et du Foyer,
Lebon (coiffeur), ill. J. Duché, du 1er octobre 1924

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dimanche 7 octobre 2007

Le coucher de la poupée

coucher_poup_eDo ! Do !  L'enfant dormira bientôt.

Debout, près d'un petit lit de cuivre aux rideaux de mousseline à pois sur un transparent bleu, Zette tient dans ses bras une poupée en chemise. C'est sa fille.

Doucement, Zette caresse la tête charmante qui sourit toujours..

Attention, elle va s'endormir. Les paupières s'abaissent doucement. Les grands yeux sombres vont se fermer; ils se ferment. Lucile dort.

Avec des précautions infinies, Zette se penche sur le lit .. Elle murmure: Là, mademoiselle ! Toute la tendresse d'une petite maman est dans sa voix. D'une main légère, elle tapote le traversin, remonte et borde la couverture. Les rideaux maintenant. Elle les croise et, silencieusement, elle s'éloigne sur la pointe du pied.

D'après Paul et Victor Marguerite, Zette, éd. Plon-Nourrit et Cie.

Tiré de Choix de lectures, A. Mironneau,
ill. collectif (Comte, Henriquez, Lecoultre, Robida, José Roy, Souriau),
éd. Armand Colin (Paris), 1924

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dimanche 30 septembre 2007

Histoire du chien de Brisquet

Brisquet_1En notre forêt de Lions, vers le hameau de la Goupilière, tout près d'un grand puits-fontaine qui appartient à la chapelle Saint-Mathurin, il y avait un bonhomme, bûcheron de son état, qui s'appelait Brisquet, ou autrement le fendeur à la bonne hache, et qui vivait pauvrement du produit de ses fagots, avec sa femme qui s'appelait Brisquette.

Le bon Dieu leur avait donné deux jolis petits enfants, un garçon de sept ans qui était brun, et qui s'appelait Biscotin, et une blondine de six ans qui s'appelait Biscotine.

Outre cela, ils avaient un chien bâtard à poil frisé, noir par tout le corps, si ce n'est au museau qu'il avait couleur de feu; et c'était bien le meilleur chien du pays, pour son attachement à ses maîtres. On l'appelait la Bichonne, parce que c'était peut-être une chienne.

Vous vous souvenez du temps où il vint tant de loups dans la forêt de Lions. C'était dans l'année des grandes neiges, que les pauvres gens eurent si grand'peine à vivre. Ce fut une terrible désolation dans le pays.

Brisquet, qui allait toujours à sa besogne, et qui ne craignait pas les loups à cause de sa bonne hache, dit un matin à Brisquette:

- Femme, je vous prie de ne laisser courir ni Biscotin ni Biscotine, tant que M. le grand-louvetier ne sera venu. Il y aurait du danger pour eux. Ils ont assez de quoi marcher entre la butte et l'étang, depuis que j'ai planté des piquets le long de l'étang pour les préserver d'accident. Je vous prie aussi, Brisquette, de ne pas laisser sortir la Bichonne, qui ne demande qu'à trotter.

Brisquet disait tous les matins la même chose à Brisquette. Un soir, il n'arriva pas à l'heure ordinaire. Brisquette venait sur le pas de la porte, rentrait, ressortait et disait en se croisant les mains: Mon Dieu, qu'il est attardé ! ... Et puis elle sortait encore, en criant: Eh ! Brisquet !

Et la Bichonne lui sautait jusqu'aux épaules, comme pour lui dire: N'irai-je pas ?

Brisquet_2- Paix ! lui dit Brisquette. Ecoute, Biscotine, va jusque devers la butte pour savoir si ton père ne revient pas. Et toi, Biscotin, suis le chemin au long de l'étang, en prenant bien garde s'il n'y a pas de piquets qui manquent. Et crie fort: Brisquet ! Brisquet ! ... Paix ! la Bichonne !

Les enfants allèrent, allèrent, et quand ils se furent rejoints à l'endroit où le sentier de l'étang vient couper celui de la butte.

- Mordienne ! dit Biscotin, je retrouverai notre pauvre père, ou les loups m'y mangeront.
- Pardienne, dit Biscotine, ils m'y mangeront bien aussi.

Pendant ce temps-là, Brisquet était revenu par le grand chemin de Duchay, en passant à la croix aux Anes sur l'abbaye de Mortemer, parce qu'il avait une hottée de cotrets à fournir chez Pierre Paquier.

- As-tu vu nos enfants ? lui dit Brisquette.
- Nos enfants ? dit Brisquet. Nos enfants ! mon Dieu ! sont-ils sortis ?
- Je les ai envoyés à ta rencontre jusqu'à la butte et à l'étang, mais tu as pris par un autre chemin.

Brisquet ne posa pas sa bonne hache. Il se mit à courir du côté de la butte.

- Si tu menais la Bichonne ? lui cria Brisquette.

La Bichonne était déjà bien loin. Elle était si loin, que Brisquet la perdit bientôt de vue. Et il avait beau crier: Biscotin ! Biscotine ! on ne lui répondait pas.

Alors il se prit à pleurer, parce qu'il s'imagina que ses enfants étaient perdus. Après avoir couru longtemps, longtemps, il lui sembla reconnaître la voix de la Bichonne. Il marcha droit dans le fourré, à l'endroit où il l'avait entendue, et il y entra, sa bonne hache levée.

Brisquet_3La Bichonne était arrivée là au moment où Biscotin et Biscotine allaient être dévorés par un gros loup. Elle s'était jetée en aboyant, pour que ses abois avertissent Brisquet. Brisquet, d'un coup de sa bonne hache, renversa le loup roide mort, mais il était trop tard pour la Bichonne. Elle ne vivait déjà plus.

Brisquet, Biscotin et Biscotine rejoignirent Brisquette. C'était une grande joie, et cependant tout le monde pleura. Il n'y avait pas un regard qui ne cherchât la Bichonne.

Brisquet enterra la Bichonne au fond de son petit courtil, sous une grosse pierre sur laquelle le maître d'école écrivit en latin:

C'est ici qu'est la Bichonne,
Le pauvre chien de Brisquet.

Et c'est depuis ce temps-là qu'on dit en commun proverbe:

Malheureux comme le chien de Brisquet,
qui n'allit qu'une fois au bois, et que le loup mangit
.

Tiré Trésor des fèves et Fleur des pois, Charles Nodier, ill. ?,
éd. Hachette (Paris), coll. Petite Bibliothèque Blanche, 1925

* * *

Cet ouvrage contient trois contes: Trésor des Fèves et Fleur des Pois; Le génie Bonhomme; Histoire du chien de Brisquet.

L'Histoire du chien de Brisquet  est le dernier conte (ou l'un des tout derniers) écrit par Charles Nodier (1780-1844); il est connu pour le proverbe qui le termine.

Editions anciennes, pre-1940 (liste non-exhaustive)

  • 1844: première parution (?)

  • 1853: Trésor des fèves et Fleur des pois, suivi de Le génie Bonhomme et Histoire du chien de Brisquet, Charles Nodier, ill. Tony Johannot, éd. Méline Cans et Cie (Bruxelles), coll. Hetzel

  • 1897: La filleule du Seigneur; Histoire du chien de Brisquet, Charles Nodier, ill. M. Moisand, éd. P. Pairault (Paris ?)

  • 1925: Trésor des fèves et Fleur des pois, Charles Nodier, ill. ?, éd. Hachette (Paris), coll. Petite Bibliothèque Blanche

  • 1925: Contes choisis (Histoire du chien de Brisquet; Trésor des fèves et Fleur des pois; Le génie Bonhomme; La combe de l'homme mort, Euloge Schneider), Charles Nodier, ill. ?, éd. Albin Michel (Paris)

  • 1929: Histoire du chien de Brisquet suivi de Le génie Bonhomme, Charles Nodier, ill. Fred-Money, éd. Maurice Ferroud (Paris)

  • 1934: Histoire du chien de Brisquet, Charles Nodier, ill. E. Dot, éd. Mame (Tours)

  • 1938: Contes choisis (Trilby ou le lutin d'Argail; Trésor des Fèves et Fleur des pois; Histoire du chien de Brisquet), Charles Nodier, ill. A. Ballet, éd. Delagrave (Paris)

Vous trouverez une biographie de Charles Nodier ici: http://www.saintmont.com/livres/auteurs/cn.htm

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dimanche 26 août 2007

Ramiaou

Chat_et_poupeesLe chat noir Ramiaou aime la société des humains. Il se couche volontiers sur un fauteil dans la pièce où l'on cause. De temps en temps, il vient se frotter à l'un des enfants pour réclamer une caresse ou une parole affectueuse.

Quand toute la famille va se promener, le pauvre Ramiaou s'ennuie. Il ne sait à qui parler, à qui se caresser.

Un jour qu'il était particulièrement malheureux d'être seul à la maison, Ramiaou pénétra dans la chambre de la petite Aline et aperçut, installées sur un canapé, les poupées Marguerite, Renée et Elise. Il trouva sans doute que leurs figures de porcelaine ressemblaient à des figures de petites filles et il vint près d'elles.

Quand Aline rentra, elle trouva le bon Ramiaou, confortablement installé, tout près de mesdemoiselles les poupées. Il avait l'air heureux; il faisait ronron. De temps en temps, il ouvrait à demi un oeil pour regarder le joli sourire des poupées. Il trouvait Marguerite, Renée et Elise un peu froides, mais vraiment très distinguées.

Le chat et les poupées, Henriette Perrin, ill. A. de Casimacker,
tiré de Histoires de Bêtes à colorier, éd. Librairie Larousse (Paris),
coll. Les Livres roses pour la Jeunesse N° 109,
juillet 1913

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dimanche 1 juillet 2007

Un échange

EnfantinsDevant un beau magasin de jouets, deux petites filles étaient arrêtées. L'une était riche, cela se voyait tout de suite à sa toilette élégante; l'autre était pauvre, ce qui se voyait à ses haillons.

Mais les yeux noirs de la pauvresse et les yeux bleus de l'enfant riche avaient la même expression d'admiration en se fixant sur une superbe poupée qui occupait le milieu de l'étalage.

- Je la veux ! s'écria Yvonne, en se tourant vers sa mère; et comme c'était une enfant gâtée, sa mère entra dans le magasin et acheta la poupée.

L'autre fillette, qui savait qu'elle aurait beau dire: Je la veux !, car on ne la lui donnerait pas, s'éloigna toute triste.

Pourquoi donc n'aurait-elle pas, elle aussi, une belle poupée ? Pourquoi n'était-elle pas riche ?

De tout le jour, on n'entendit pas dans la maison d'ouvriers la joyeuse chanson de Mariette, et l'enfant délaissa la vieille poupée que jusque-là elle avait tant aimée. Mais l'impression ne tarda pas à s'effacer; Mariette revint à des sentiments plus maternels, et pour faire oublier à sa Clara son abandon de quelques jours, elle l'emmena se promener au jardin public. Elle était tout à fait raccommodée avec sa fille et avec son sort, quand elle croisa dans une allée une jeune mère de son âge, qui traînait dans une délicieuse petite voiture une poupée qu'elle reconnut.

Elle s'arrêta, et ses yeux allant de la belle poupée à sa Clara, elle fit une comparaison qui certes n'était pas en faveur de Clara. La poupée avait une figure de biscuit, et ses yeux, ombragés par de longs cils, semblaient vous regarder: Clara n'avait pas de figure du tout; la poupée avait une main fine et bien faite; Clara avait comme bras deux loques pendantes; la poupée avait une toilette de dentelle et de mousseline blanche, et Mariette avait eu honte quand Yvonne avait jeté les yeux sur Clara qui, pour tout vêtement, avait une vieille serviette.

- Oh ! s'écria Yvonne. Quelle vilaine poupée !

De grosses larmes roulèrent dans les yeux de Mariette; mais c'étaient des larmes de dépit, des larmes d'envie. Les mauvais sentiments qui, une fois déjà, l'avaient assaillie, remplirent de nouveau son pauvre petit coeur gonflé. Et Yvonne continuait.

- Comment pouvez-vous jouer avec un semblable chiffon ? Regardez ma poupée à moi !

Elle ne regardait que trop, hélas, et elle se mit à sangloter sans pouvoir se retenir.

Effrayée de l'effet qu'avaient produit ses paroles, Yvonne, qui était au fond une bonne petite fille, voulut consoler Mariette, et enlevant prestement sa fille de la voiture, elle la lui mit dans les bras en lui disant:

- Je vous la donne !

Mariette ne pouvait en croire ses oreilles.

- Elle est à moi ? Vous me la donnez ?

- Oui.

- Elle est à moi ! Elle est à moi ! répétait Mariette, et voulant donner quelque chose à celle qui lui donnait tant, elle tendit sa Clara à Yvonne.

- Que voulez-vous que j'en fasse ? fut sur le point de dire Yvonne. Mais devant l'air suppliant de Mariette, qui paraissait vivement désirer la voir accepter cet humble souvenir, elle prit la poupée et s'éloigna.

Les années passèrent, et depuis longtemps, pour Yvonne et Mariette, il n'était plus question de poupée. Les jeux avaient été remplacés, pour l'une pas les plaisirs, pour l'autre par les devoirs. Pauvre Mariette ! Elle avait la vie bien pénible. Sa mère était morte lui confiant son père à soigner et ses petits frères à élever, et cependant elle était toujours gaie, elle n'enviait personne. Les voisins, qui l'entendaient chanter, s'étonnaient de la voir si contente de son sort; ils auraient été bien plus étonnés s'ils l'avaient vue parfois entr'ouvrir un tiroir, regarder une poupée et sourire, non à la poupée, mais au souvenir qu'elle évoquait; elle songeait à la joie qu'elle avait éprouvée quand on la lui avait donnée; et sa joie se changeait en reconnaissance pour l'enfant qui avait semé un bonheur dans sa vie, et qui lui avait appris à se confier en la bonté des riches au lieu de leur envier des biens dont ils ne sont que dépositaires.

Quant à Yvonne, dans son existence mondaine, un peu frivole, elle avait complètement oublié Mariette, quand, un jour, elle trouva au fond d'une armaoire une poupée de chiffons. Elle sourit:

- Pauvre Clara ! murmura-t-elle.

Elle pensa à sa poupée qui devait être fanée sous ses dentelles, elle lui compara ses désirs d'enfant fanés si vite, ses plaisirs de jeune fille qui passeraient aussi, et son sourire s'effaça. Mais il reparut plus doux, plus radieux: elle s'était rappelé le bon mouvement qui l'avait poussée à mettre sa poupée dans les bras de Mariette, elle avait compris que les bonnes actions ne se fanent jamais, et elle venait de prendre la résolution d'en faire beaucoup, beaucoup, sans perdre son temps à les compter. Son ange gardien était là pour le faire.

Tiré de Récits enfants, recueil de 4 histoires,
a.n.m., ill. n.m.,  éd. Société Saint-Augustin,
Desclée, de Brouwer et Cie (Paris, Bruxelles), vers 1913

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dimanche 24 juin 2007

Changeons de ton ... (# 2/2)

(suite)

Les sports passionnaient la jeunesse aristocratique, surtout une lutte connue à ce moment, et très apréciée: Le J'y suis d'sus !!!

On trichait dans les plus grands cercles, mais moins que de notre époque, car les cartes, plus lourdes, se dissimulaient moins facilement dans les poches.

Il était permis de tuer d'innocentes bêtes qu'on faisait cuire pour, après, les manger. Quelle sauvagerie et quelle férocité ! C'est à frémir !

Pr_histoire_2_a

De petits projectiles étaient lancés, sur de pauvres petits oiseaux, au moyen de flèches !

Les pauvres lapins eux-mêmes n'étaient pas exceptés, aussi dressaient-ils leurs oreilles lorsqu'ils apercevaient un chasseur !

Il y avait des malfaiteurs; oui, chers petits lecteurs, des banquiers infidèles, qu'on transportait dans des voitures de luxe appartenant à la préfecture de police et connues, en ces jours lointains, sous le sobriquet de Panier à salade.

Pr_histoire_2_b

De là, ils passaient devant des énergumènes, coiffés de bonnets à poil, qui les déclaraient coupables, sans même savoir de quoi, et les faisaient passer à tabac.

Plus heureux ceux qui vivaient de la vie champêtre, parmi des animaux domestiqués, tels que le coq, cochon, cheval, canard, etc.

Ceux qui possédaient des vaches, magnifique animal disparu depuis et femelles de l'aurochs, gagnaient bien leur vie en vendant un liquide blanc appelé lait qu'ils mélangeait aux 3/4 d'eau, sorte de baptême anticipé.

Pr_histoire_2_c

Après les travaux du jour, ils profitaient du repos hebdomadaire et se rencontraient dans des lieux et jardins où ils montraient leurs toilettes assez semblables aux nôtres. Tout se ressemblait ...

Sauf quelques petites choses comme, par exemple, le costume des cyclistes qui, au lieu de se couvrir les jambes et les pieds de laine et de cuir, allaient nu-jambes et nu-pieds, ce qui faisait moins dangereux dans les accidents.

Les gros richards allaient en voiture, en cab, etc ..., écrasant, sans souci, les pauvres piétons purotins, ils étaient assurés ! ...

Pr_histoire_2_d

Tout ce travail du célèbre archéologue, le docteur Latrouvaille, démontre que la civilisation n'est pas une nouveauté, loin de là, car tout existait déjà comme aujourd'hui et rien n'est nouveau sous le soleil.

La Civilisation préhistorique,
(voir détail sous partie # 1/2)

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dimanche 17 juin 2007

Changeons de ton ... (# 1/2)

Au cours d'une interview prise par notre collaborateur, Sierra de Luna, au célèbre docteur Latrouvaille, ce dernier lui a fait d'importantes révélations sur ses longs travaux des temps préhistoriques qu'il nous reproduit ici en images.

Le premier symptôme de la civilisation fut le journalisme et, de ces temps reculés, le journal le plus répandu était déjà le Petit Illustré, qui comptait ses lecteurs par milliers.

Les meilleurs dessinateurs de l'époque faisaient leurs croquis d'après nature et sur pierre, car le papier n'existait pas; c'est pour cela que ce temps était nommé âge de pierre.

Ces merveilles artistiques passaient après aux mains de graveurs émérites qui faisaient les dessins en relief et les disposaient au tirage.

Pr_histoire_1_a

Déjà les directeurs mettaient à recevoir les artistes, poètes, littérateurs, etc., la même amabilité et l'exquise politesse dont ils usent de nos jours.

Les écoles, où l'instruction était obligatoire, étaient dirigées par des maîtres de valeur qui étaient tenus d'apprendre, à leurs jeunes élèves, au moins trois lettres d'alphabet par an.

Pour donner aux enfants un exercice hygiénique des mâchoires, on se servait d'un moyen inoffensif appelé solfège !

Pr_histoire_1_b

La douceur présidait toujours à l'enseignement, quelquefois, et seulement pour les paresseux, le postérieur recevait une caresse ou, autre punition, une coiffure appelée le Bonnet d'âne.

Les café-concerts plein air faisaient fureur; un jeune élégant dansait un pas antique et solennel qui n'était autre qu'un magnifique cake-walke.

Comme la musique était réputée pour adoucir les moeurs, des tapeurs frappaient durant de longues heures sur un instrument bizarre nommé piano, qui rendait des sons épouvantables.

Pr_histoire_1_c

(... à suivre, dimanche prochain)

La Civilisation préhistorique,
tirée de Le Petit Illustré, N° 130 du 21 novembre 1906,
ill. Sierra de Luna ? (*), éd. Librairie Offenstadt (Paris)
(Colorié à la Machine l'Aquatype, brevetée S.G.)
(* l'illustrateur signe d'un croissant de lune au-dessus de montagnes, le tout dans un cercle,
avec des initiales pouvant être OG; il peut s'agir de Georges Omry  ??)

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