mercredi 30 mai 2007
Les Aventures de Jeannot-Lapin
Les amusantes aventures de Jeannot-Lapin font depuis longtemps la joie des jeunes créoles de la Caroline (Etats-Unis). Elles ont le caractère naïf de tous les contes populaires, qu'ils soient de France, d'Amérique ... ou d'ailleurs. Nos lecteurs y relèveront sans doute de nombreuses invraisemblances, mais ils n'oublieront pas que les charmantes fables de La Fontaine n'en sont pas exemptes.
1. Une rencontre de Jeannot-Lapin
- Bonjour, compère, bonjour ! Il fait frais ce matin !
- Salut, maître ! S'il fait frais ! A qui le dites-vous ? Tout à l'heure, je suis allé faire un petit tour de promenade dans ce champ que vous voyez là-bas: je suis encore tout trempé de rosée ...
- Surveillez-vous, mon amit, reprit le premier interlocuteur, un rhume est si vite attrapé ...
- Vous êtes trop bon de m'avertir.
- Hé quoi, ne savez-vous pas que je vous porte le plus grand intérêt ?
- Hum ! ...
- Foi de Renard !
Car, il faut vous l'apprendre, cette conversation se tenait un beau matin de septembre, à la lisière d'un bois, entre maître Renard et le compère Lapin.
Ce dernier était fixé, je vous l'assure, sur les bons sentiments de celui qui se disait son ami. Depuis longtemps, en effet, tous deux étaient en guerre; et le Lapin n'ignorait pas que si le Renard venait jamais à le saisir, il risquait fort de passer un mauvais quart d'heure. Mais si le Renard était rusé, le Lapin était plus fin encore; il avait réussi, jusqu'à présent, à déjouer toutes les embûches de son redoutable adversaire, et maître Renard avait eu beau lui tendre des pièges, le compère Lapin, souvent en mauvaise posture, s'était toujours échappé au dernier moment .... à suivre
Tiré de Mon Journal, du 12 octobre 1901,
d'après des contes populaires créoles, ill. R. de la Nézière
Recueil hebdomadaire illustré pour les enfants, éd. Hachette (Paris)
Photo: Maître Renard fit son entrée chez Mme la Martre-Zibeline
mercredi 28 mars 2007
L'Etrange histoire de Nine (semaine 3)
(résumé)
Chapitre III (suite)
Sur le chemin du retour, Mme Balard et Nine croisent le charbonnier et les enfants. Nine retrouve sa gaîté, et elle annonce joyeusement: Maman est perdue dans la forêt ! La charbonnière relate à son époux les événements de la journée, tout en disant son soulagement d'avoir encore Nine à la maison.
Tandis que les parents sursautent à chaque bruit, imaginant l'apparition de la maman de Nine, les enfants jouent et observent un nid d'oiseaux.
Chapitre IV
Déjà quatre années ont passé. Nine a maintenant six ans; en tout cas, on le suppose. On n'a plus jamais entendu parler de la mère de Nine, et la fillette semble avoir oublier son aventure.
Une après-midi de fin d'été, les enfants s'occupent pendant que la chèvre Biquette broute son herbe. Une dame apparaît et s'approche d'eux, tout en regardant intensément Nine. La dame questionne les enfants et apprend vite que Nine n'est pas leur soeur, et que sa mère s'est "sauvée". La dame prétend connaître la mère de Nine et décide de l'emmener aussitôt, sans attendre d'avertir les charbonniers.
Les enfants courent à la maison prévenir Mme Balard, qui s'affole immédiatement. Au même moment, la dame rejoint son auto à la lisière de la forêt et fait monter Nine à l'arrière.
* * *
La dame, une veuve, qui avait perdu sa propre fille, avait conçu en un instant le plan d'arracher Nine à sa vie forestière et de l'emmener chez elle, pour la rendre heureuse.
Pendant que les Balards, arrivés au village, tente d'obtenir des renseignements sur l'inconnue, la dame continue de rouler, toujours plus loin, jusqu'à un hôtel où elle décide de passer la nuit. Le lendemain, le voyage continue. Nine devient méfiante.
L'arrivée à la maison de la dame ne la rassure pas plus. Elle décide de s'enfuir pour rejoindre les charbonniers.
Alors que la dame reçoit une visite, Nine s'élance discrètement au dehors. Elle file à toutes jambes, pensant rejoindre sa ferme en courant, assez facilement. Mais l'obscurité et la fatigue venant, Nine ralentit sa course et avance péniblement.
Elle aperçoit le contour d'une maison et s'approche. Elle est accueillie par le grognement d'un chien, dont elle fait rapidement son ami.
Epuisée et craignant de se faire renvoyer aussitôt par les habitants de la roulotte (car ce n'est pas une maison), elle décide de dormir avec le chien, dans sa caisse, sous la roulotte.
Nine passe une bonne nuit, au chaud, près du chien. Elle est réveillée par les bruits du plancher au-dessus de sa tête.
Quelqu'un appelle le chien Médor, mais l'animal reste auprès de sa protégée. Une femme se baisse vers la niche et, surprise, découvre Nine qui en sort justement.
Les habitants de la roulotte ne sont pas des bohémiens, mais des forains. Nine est accueillie dans la roulotte, où elle découvre quatre enfants. La mère sert le déjeuner tandis que les enfants commencent à questionner la nouvelle venue.
Tiré de La Semaine de Suzette du 18 octobre 1928,
par Marthe Fiel, ill. R. de la Nézière
mercredi 21 mars 2007
L'Etrange histoire de Nine (semaine 2)
En raison de la longueur du texte, je ne vais dorénavant présenter qu'un résumé.
La charbonnière continue d'interroger Nine sur son nom, en lui expliquant que sa propre fille s'appelle Didie Balard. Nine s'en amuse et s'exclame Nine mouton ... Nine poupée. La charbonnière renonce.
Toujours aucune nouvelle de l'hôpital et de la dame accidentée. Mais la présence de Nine réjouit la charbonnière, car elle apporte calme et tendresse dans la maison.
La neige commence à tomber, et la charbonnière rentre le chien dans la maison. Même le chien, réputé méchant, tombe sous le charme de Nine. La neige isole bientôt la maison du reste du pays.
Au dégel, un mois plus tard, le maire vient expliquer que l'hospitalisation de la dame perdure, et que la malheureuse ne pense qu'à se sauver, malgré son état. On ignore toujours son nom. Le maire prévient Mme Balard qu'elle devra garder l'enfant encore longtemps. Le silence du père de Nine semble étrange à tous.
Avec le redoux, le chien Médor est renvoyé dans la cour, malgré les pleurs de Nine. Un peu plus tard, on retrouve la petite fille endormie dans la niche, auprès du chien.
Le printemps arrive. La dame hospitalisée se remet lentement, mais elle n'a toujours pas recouvré la mémoire.
Les semaines passent, et la charbonnière trouve que Nine a grandi. Il est décidé d'aller au village, pour voir si la dame hospitalisée reconnaît Nine. La charbonnière est partagée entre la joie des retrouvailles et le chagrin de rendre la petite fille.
La femme et l'enfant arrivent à l'hôpital et réclament à voir la dame tombée de l'avion. Devant l'embarras de l'infirmière, la charbonnière s'effraie et craint le décès de la malade. L'infirmière lui apprend que la dame s'est évadée depuis quarante-huit heures et qu'elle reste introuvable !
Epouvantée, Nine éclate en sanglots et reste inconsoblable, malgré les baisers de sa mère adoptive.
Le coeur gros, la charbonnière prend le chemin du retour. Tout en se posant des questions sur le sort de la dame, elle continue de rassurer Nine. Mais sous l'émotion, Nine a réclamé sa maman Suzanne. On apprend donc enfin son prénom !
Tiré de La Semaine de Suzette du 11 octobre 1928,
par Marthe Fiel, ill. R. de la Nézière
mercredi 14 mars 2007
L'Etrange histoire de Nine (semaine 1)
Chapitre I
Un bel avion vole dans un ciel clair. Il est trois heures de l'après-midi. On est au mois de décembre, mais il ne fait pas très froid.
Une petite fille de deux ans est assise aux côtés de sa mère, dans l'avion, et elle est tout heureuse de se voir si haut. Elle perce les nuages et on lui a dit qu'elle allait tout près du soleil, ce qui l'amuse beaucoup. Elle a eu un peu peur pour commencer; mais, maintenant, elle est complètement rassurée. Les deux passagères se rendent en Angleterre où elles vont rejoindre le père de la petite fille.
Soudain, l'avion penche, et avant que la maman ait pu pousser un cri et serrer son enfant dans ses bras, le grand oiseau blanc est tombé dans un champ désert, près d'une forêt.
Par un miracle de Dieu, la petite fille n'a rien. Elle se relève du fouillis qu forment les débris de l'appareil et appelle sa maman qu'elle voit couchée, là, à terre:
- Maman ... relève-toi ... Nine a peu ...
Mais la maman ne l'entend pas. La petite fille ne peut aller jusqu'à elle. Trop d'obstacles l'en séparent; elle appelle encore:
- Maman ... Nine va pleurer si tu ne viens pas tout de suite ... Réveille-toi, maman ...
Mais la pauvre maman est sans connaissance et ne bouge pas. Nine est perplexe. Si sa maman dort, il ne faut pas faire de bruit: on le lui a souvent recommandé. Elle se tait et patiente sagement. Un quart d'heure passe. Un quart d'heure de tranquillité, c'est long pour une enfant de deux ans. Nine regarde autour d'elle et elle songe tout à coup au pilote qu'elle n'aperçoit plus. Elle appelle de nouveau:
- Maman ... tu as assez dormi ! ... papa ne sera pas content si nous arrivons trop tard ...
Elle commence à pleurer et à avoir peur. Tout ce grand silence la trouble et elle contemple les champs qui l'environnent, en cherchant quelqu'un. Mais elle ne voit personne. Sa maman dort toujours. Le pilote, sans doute, dort aussi, mais il est caché sous les ailes de l'avion et Nine ne peut l'entrevoir. Indécise, elle regarde la forêt toute proche et elle se dit qu'elle pourrait y cueillir quelques fleurs en attendant que sa maman se réveille. Elle lui ferait un beau bouquet, et marcher un peu réchaufferait Nine.
La toute petite ne songe pas une minute que les fleurs n'existent pas, en hiver, dans les bois. Elle ne pense qu'à se soustraire à cette immobilité qui l'effraie, et elle pénètre dans un sentier. Elle n'éprouve aucune crainte, parce qu'une forêt représente, à ses yeux, de belles allées où l'on voit des fleurs et où l'on entend chanter des oiseaux.
Elle avance doucement et elle est fort surprise de ne rien trouver de ce qu'elle attend. Peut-être est-ce un peu plus loin ... Elle se hâte et ses petits pieds courent le plus vite qu'ils peuvent. Elle ne veut pas rester longtemps, afin d'être revenue avant que sa maman soit réveillée. Mais pas un oiseau ne chante et nulle fleur ne se montre.
C'est une drôle de forêt, pense Nine, et elle ne sait ce que cela veut dire. Tout est sombre et silencieux. Le soleil ne luit plus; et tout à coup, l'enfant se sent si abandonnée qu'elle se met à crier et à pleurer. Les échos retentissent de ses appels: "Maman ! ... maman ! ... viens ! ...". Elle veut retourner près de sa mère et essaie de retrouver son chemin, mais elle est perdue. Elle court en sanglotant. Bientôt la fatigue l'envahit et elle ne marche plus que lentement. La nuit arrive ... Que va-t-elle devenir ?
Soudain, un lapin passe devant elle, et la vue de l'animal arrête ses larmes. Elle oublie ses craintes et appelle:
- Jeannot ! ... Jeannot-lapin !
Elle se glisse, sans bruit, dans l'allée où elle l'a vu entrer, et à pas feutrés, elle avance. Le voici là-bas ... elle rit. Il joue à cache-cache avec elle, sans doute. Que c'est amusant une forêt ! Mais bientôt Nine se sent tout à fait fatiguée et elle a assez de ce jeu. D'abord, elle ne voit plus la jolie bête, et ensuite il lui semble que la nuit tombe de plus en plus. Elle marche encore un peu pour retourner près de sa mère, et elle aperçoit une lumière à travers les branches. C'est sans doute une maison, et l'enfant, malgré sa lassitude, se hâte vers ce secours.
Il lui semblait que cette lumière était toute proche, mais elle est plus éloignée qu'elle ne le croyait. Enfin, elle arrive devant une chaumière et distingue une lampe à travers une fenêtre. Nine la voit parce qu'elle se trouve encore à une petite distance de la maisonnette et sur une hauteur. Quand elle est devant la porte, elle y frappe de ses petites mains, et comme elle n'est pas entendue, elle recommence avec ses pieds. Un homme noir vient lui ouvrir. Nine a peur et recule. L'homme crie:
- Qui va là ?
Il a bien aperçu une petite fille, mais il suppose qu'elle n'est pas seule. Sa femme approche et dit:
- J'ai cru voir une enfant ...
- Oui ... mais elle s'est sauvée
- Non, répond Nine en se montrant. J'ai eu peur, mais vous êtes le charbonnier et je vous connais bien ...
Elle se rassure, convaincue que c'est le charbonnier de ses parents. Elle s'avance en pleine lumière, et la femme s'écrie:
- Oh ! la mignonne ! ... tu es toute seule ?
- Oui ... maman dort là-bas ...
- Où cela ... là-bas ?
- A côté de l'oiseau ...
Le mari et la femme se regardent. Ils ont fermé la porte parce que le froid commence à piquer, et la petite fille se trouve au milieu de la maisonnette des charbonniers. Nine n'a plus peur; elle a vu deux enfants, une petite fille de quatre ans et un petit garçon de six ans. Elle a tout de suite couru vers eux avec un sourire et a caressé les joues de la première.
- J'ai vu un joli lapin ! annonce-t-elle.
Elle raconte dans son parler enfantin qu'il a joué avec elle, mais qu'il s'est caché. Comme elle a chaud maintenant, elle enlève les fourrures qui la couvrent, ainsi que le bonnet qui lui enserre la tête. Elle apparaît comme une délicieuse poupée aux belles boucles blondes. De larges yeux bleus nullement timides regardent franchement. Sa bouche minuscule est rouge comme une cerise et ses bonnes joues sont roses.
- Oh, la belle enfant ! murmure la charbonnière.
Elle est toute surprise de cette aventure et se demande ce que cela veut dire. Son mari est tout aussi perplexe; il est allé faire le tour de sa chaumière en appelant, mais personne ne lui a répondu. Il est rentré chez lui en disant à sa femme:
- Je n'entends rien ... je ne vois rien ... Cette petite est perdue.
Ils essaient de demander des explications à Nine.
- Comment t'appelles-tu, petite ?
- Nine, jette l'enfant, comme si elle se débarrassait d'un poids, trop occupée qu'elle est à jouer avec la fille des charbonniers.
- Nine comment ?
- Eh bien ! Nine, répond-elle d'un ton un peu dédaigneux à l'égard de ces gens qui ne savent pas que Nine est son seul nom.
- Et ton papa, comment s'appelle-t-il ?
- Papa, voyons ...
- Il y a un autre nom ... monsieur ... monsieur ... cherche bien.
- Non, assure Nine, je l'appelle papa ... maman s'appelle maman.
Les charbonniers se montrent très ennuyés.
- Et ta maman, où est-elle ?
- Elle dort.
- Où ?
- Là-bas ...
Nine étend sa main vers un des coins de sa chambre.
- Dans un champ ! questionne encore la femme.
- Oui ...
- Par terre ?
- Oui ... à côté de l'oiseau, répète Nine, pressée de jouer.
- Tu ne veux pas la revoir ?
- Elle va venir quand elle sera réveillée, dit la petite fille avec assurance.
- Où alliez-vous toutes les deux ?
- Voir papa ...
- Avec votre oiseau ?
- Oui.
- Quel est donc cet oiseau ? murmure, quelques instants après, la charbonnière à son mari. Cette enfant me paraît intelligente et on dirait qu'elle divague.
- Je n'y comprends rien, répond l'homme, mais nous devons toujours la garder ... Il fait nuit, je ne puis aller aux nouvelles ce soir ... C'est, sans doute, une petite fille qui se sera égarée ... Ses parents ne peuvent être loin, ils ont eu probablement un panne d'automobile.
- C'est un vrai mystère.
La femme ne pouvait détacher ses yeux de l'enfant et elle essayait de la faire parler, mais celle-ci ne pensait qu'à sa joie d'avoir des petits amis et elle riait, jouait, heureuse d'être au chaud. Elle se bornait à dire que sa maman allait venir. Sur les instances de sa femme, le charbonnier alla cependant aux nouvelles.
Il explora les environs de sa maison, mais négligea la lisière du bois par où était venue Nine, pensant que ce devait être aux alentours d'une allée principale que l'automobile s'était arrêtée. Leur habitation était fort éloignée d'un village. Il ne découvrit rien d'extraordinaire. Il chercha les traces de l'enfant, mais les perdit vite, la terre étant gelée. Elle avait parcouru un long chemin et était allée droit devant elle, sans s'en douter.
Le charbonnier rentra au bout d'une heure en disant à sa femme:
- Mon avis est qu'on a voulu perdre cette enfant; il est inexplicable qu'elle se soit trouvée ainsi devant notre porte ... Gardons-la cette nuit, et demain nous aviserons. Elle a l'air de se plaire avec nos enfants ... vois comme elle joue.
Sa femme répondit:
- Est-il possible qu'une mère ait pu abandonner une aussi charmante créature ! ... Elle est adorable ...
Cette conversation à mi-voix n'intéressait pas Nine. Elle était toute au jeu et il fallut que la charbonnière exigeât avec de gros yeux que l'on se mît à table.
- Alons Nine, allons Julot et Didie ... dépêchez-vous, vous pourrez encore jouer tout à l'heure.
Les trois enfants obéirent et quand Nine fut devant sa soupe, elle sentit la faim. La charbonnière fit le signe de croix et récita le Bénédicité. Elle regardait Nine et elle la vit l'imiter en portant la main à son front, comme une enfant élevée chrétiennement. La petite fille mangea comme une grande personne, et les deux enfants du charbonnier qui, d'ordinaire, n'aimaient pas la soupe, ne se firent pas prier pour manger la leur. Nine demanda:
- Alors, maman n'est pas encore réveillée ?
La femme du charbonnier murmura à son mari:
- Tu ne saurais croire quelle impression j'ai quand cette enfant parle du réveil de sa mère ... Je crains qu'il ne soit arrivé un accident ...
- J'aurais su quelque chose ... mais demain nous apprendrons sans doute ce qu'il en est ...
Malgré le désir qu'avaient eu les enfants de jouer après le repas, ils sentirent le sommeil les gagner sitôt qu'ils eurent avalé la dernière bouchée. Nine, la première, dit que ses yeux la piquaient et elle s'endormit rapidement, la tête sur son bras. Doucement, la charbonnière la prit sur ses genoux et la déshabilla.
Un a un, elle examina les vêtements qu'elle lui retirait et constata combien ils étaient soignés. La petite fille se réveilla à peine quand elle fut déposée dans un berceau. Elle eut un geste affectueux: elle entoura de ses bras le cou de la bonne mère et dit en l'embrassant:
- Bonsoir, petite maman ... bonsoir, petit Jésus ...
Puis elle s'endormit. La femme murmura:
- Ce n'est pas possible qu'une mère ait abandonné une enfant qui l'aime ainsi ... Certainement, il y a autre chose ...
Bientôt, la maisonnée reposa. Seule, la charbonière ne pouvait dormir. Elle réfléchissait à l'événement et épiait chaque bruit. Elle croyait toujours entendre une voix qui appelait: Nine ! et elle se figurait que l'on frappait à la porte. Mais ce n'était que l'effet de son imagination surexcitée.
Chapitre II
Alors que Nine dormait de tout son coeur, le charbonnier Balard s'en allait aux nouvelles. Il était tout aussi intrigué que sa femme au sujet de la petite fille, et depuis le matin leur conversation avait roulé sur cet événement.
- Je t'assure, disait la charbonnière que cette enfant a des manières qui ne sont pas du tout communes ... elle doit appartenir à une classe aisée ... D'ailleurs, ses vêtements sont presque riches ... Je suis bien surprise de ce qui nous arrive, et j'ai hâte que tu éclaircisses cette énigme ...
Dès qu'il fit jour, l'homme partit. Il apprit alors qu'un avion était tombé la veille à la lisière de la forêt et qu'une femme avait été relevée, sans connaissance, et transportée à l'hôpital de la ville voisine, distante de douze kilomètres. Le pilote était tué. La dame n'avait pas de pièces d'identité. Elle les portait sans doute dans un sac qui était brûlé et dont on avait retrouvé le fermoir. Balard demanda:
- Alors, on ne sait pas si elle avait une petite fille avec elle ?
- On ne sait rien ...
- C'est que hier soir, une enfant de deux à trois ans est venue frapper à notre porte en nous disant que sa maman dormait près de l'oiseau.
- Il est possible, répondit le maire du village avec qui le charbonnier causait, que cette dame ait eu sa petite fille avec elle, mais rien n'est sûr ... Il faudra attendre qu'elle aille mieux pour le savoir.
- Est-elle donc si malade ?
- Elle a reçu un choc violent, comme vous le pensez !
- Que vais-je faire de l'enfant ?
Le maire leva les bras d'un geste incertain.
- Il faut évidemment réfléchir au cas ... je vais m'occuper de cette petite. On ne peut la mettre à l'hôpital, elle est trop jeune, et sa mère peut être malade assez longtemps.
- C'est bien embarrassant, dit le charbonnier.
- Vous ne voulez pas la garder, en attendant ? s'informa le maire brusquement.
- C'est l'affaire de ma femme. Moi, je n'y vois pas d'inconvénient ... Cette mignonne est fort plaisante ...
Le charbonnier s'en retourna, muni de ces renseignements assez vagues. Il savait que sa femme n'hésiterait pas à s'occuper de l'enfant durant quelques jours. Il craignait seulement qu'elle ne se fatiguât avec ce surcroît de besogne.
- Eh bien? lui demanda-t-elle, impatiente, quand il rentra.
Il raconta ce qu'il savait et sa femme resta rêveuse un moment.
- Nous ne pouvons guère agir autrement qu'en acceptant la proposition du maire. Si cette malheureuse ne se remet pas, il sera toujours temps de prendre d'autres dispositions ... Mais si cette petite est tombée aussi de l'avion, elle a eu une chance inouïe d'en réchapper ... Quel terrible accident ! C'est donc cela que la gentille chérie disait que sa maman dormait près du grand oiseau.
La brave charbonnière avait les larmes aux yeux. Durant ce colloque, Nine jouait avec ses compagnons sans se douter qu'on parlait d'elle. En s'éveillant, elle avait paru étonnée de ne point voir sa mère auprès d'elle, mais la présence de Didie l'avait tout de suite détournée de cette pensée.
Sans plus attendre, elle s'était emparée des jouets qui l'avaient divertie la veille: un mouton pelé qu'elle habillait et une poupée sans tête qu'elle emmaillotait. Elle babillait avec Didie et paraissait avoir vécu toujours dans cet intérieur.
- Nine, comment sont les cheveux de ta maman ? questionna la charbonnière.
- Comme tes cheveux à toi, riposta Nine sans hésitation.
Or, la charbonnière possédait une chevelure du plus beau noir et elle savait que la dame recueillie était blonde. La brave dame se demandait quelle foi on pouvait attacher aux dires d'un enfant. Cette malheureuse, transportée à l'hôpital, était-elle vraiment sa mère ? Ou bien des parents, sans scrupules et sans coeur, avaient-ils voulu se débarrasser d'elle, au moins momentanément ? Mais elle repoussa cette dernière hypothèse. La petite fille, élevée pieusement, ne pouvait avoir de mauvais parents. L'imagination de la charbonnière n'en continuait pas moins de se livrer à une foule de suppositions.
- Que faisais-tu avec ta maman, Nine ?
- Je jouais ...
- Tu te promenais aussi ... où ?
- Dans la rue ...
- Ton papa, où est-il ?
- Loin ...
(à suivre)
Tiré de La Semaine de Suzette du 4 octobre 1928,
par Marthe Fiel, ill. R. de la Nézière
L'Etrange histoire de Nine (introduction)
Je commence aujourd'hui L'Etrange histoire de Nine, que j'avais adorée étant enfant.
C'est peut-être l'une de mes histoires préférées. Je ne l'ai pas relue depuis, et vais redécouvrir ces lignes en même temps que vous.
J'espère qu'elles auront bien vieilli ... Mais j'en suis sûre ! Sinon il n'y aurait pas autant de nostalgiques de La Semaine de Suzette, parmi les "vraies" Suzette bien sûr, mais aussi parmi des lectrices nées après 1960 qui n'ont pourtant pas connu l'impatience hebdomadaire du jeudi matin !
Roman de Mlle Marthe Fiel, paru dans La Semaine de Suzette, en 20 chapitres répartis sur 13 semaines,
du 4 octobre (N° 40) au 27 décembre 1928 (N° 52); illustrations de R. de La Nézière
mercredi 21 février 2007
Friquette & Floquette (chapitre 1)
Projets d'avenir
Le soleil riait gaîment, ce matin-là, et tout dans la vieille ferme avait l'air de rire avec lui. La mère Lise trottinait de-ci, de-là, donnait du grain aux poules, caressait le bon Turc, ce gros chien qui garde la ferme et ne dort jamais que d'un oeil, et jetait à tout son regard de maîtresse demaison active et soucieuse du bien de son entourage.
Deux jeunes poules, après avoir mangé des graines, s'en allèrent à petits pas côte à côte et, tout en grattant la terre pour y chercher des vers, elles parlèrent de leurs projets d'avenir. Car dans les pensées des poulettes, comme dans celles des fillettes, les plans d'avenir tiennent une grande place.
- Moi, disait Friquette, une gentille petite poule grise et blanche, je voudrais bien avoir de petits poussins. Chaque fois que je rencontre une poule avec sa couvée, cela me fait envie; je voudrais prendre un de ses poussions et l'emporter bien loin
- Voilà une chose que je ne peux comprendre, répondit Floquette en lustrant ses belles plumes noires d'un air important; c'est si ennuyeux les petits poussins, il faut toujours s'0ccuper d'eux et il y en a toujours un qui pleure: "Maman, j'ai bobo ! maman, j'ai faim ! maman, j'ai soif !" On ne sait vraiment plus où donner de la tête.
- Mais non, voyons, dit Friquette; quand ils ont besoin de quelque chose, ce doit être si doux de le leur donner, puis de les soigner et de les caresser quand ils ont mal !
- Tu fais des phrases, ma chère, répliqua Floquette; les poussins, ça crie, ça pleure, ça désobéit et toujours ça vous a ses pattes là où il ne faut pas. Vraiment, je n'ai aucune envie d'en avoir à moi, et il me suffit de regarder de loin ceux des autres. Moi, j'ai des pensées plus élevées que cela. J'ai beaucoup réfléchi, beaucoup plus que tu ne peux te l'imaginer. Je veux partir, mais n'en parle pas, c'est un secret. Je veux m'en aller pour m'instruire et voir du pays. J'ai un grand projet en tête: je veux fonder des basses-cours sans coqs.
- Sans coqs ? mais pourquoi donc ? demanda Friquette étonnée.
- Je n'aime pas le coq, expliqua Floquette. Il prend des airs d'importance, il se met toujours en avant, il faut toujours lui demander conseil et c'est lui qui dirige tout.
- Pourtant le coq est très bon, interjeta Friquette. Sans lui tout irait mal ici: c'est lui qui rétablit la paix quand nous nous querellons, c'est lui qui nous déterre les meilleurs vers, et, lorsque l'épervier plane dans les airs, c'est auprès de lui que nous cherchons un abri sûr.
- Oui, c'est certain, convint Floquette; les choses sont ainsi parce que c'est une vieille habitude d'avoir un coq dans une basse-cour. Mais, s'il n'y avait pas de coq, tout irait aussi bien et même beaucoup mieux. Une poule intelligente, comme moi par exemple, pourrait diriger la basse-cour. Enfin, c'est pour répandre mes idées que je veux partir d'ici.
- Tu dis de drôles de choses, reprit Friquette, et je ne comprends rien à tes idées. Je trouve les poules très heureuses comme elles sont. Moi, je n'ai qu'une pensée et qu'un désir: c'est d'avoir des oeufs à couver, et je m'en vais aller glousser près de la mère Lise. Peut-être comprendra-t-elle ce que je veux et me donnera-t-elle des oeufs dans une corbeille. Je les couverai et, quand j'aurai des poussins, je les élèverai de mon mieux, pour en faire de bons coqs et de bonnes poules.
- Tu as de vieilles idées, ma chère, dit Floquette en secouant ses plumes, je préfère ce qui est plus moderne. Surtout, garde mon secret; le coq serait dans le cas de m'empêcher de partir.
En disant ceci, Floquette quitta son amie d'un air pressé. Mais pour le moment elle se contenta d'aller au jardin, par la porte entr'ouverte, pour picoter un peu de salade.
Friquette était toute songeuse. Quelle drôle de poule que cette Floquette avec ses idées de ne pas vouloir être comme les autres ! Une basse-cour sans coq ! quelle chose absurde ! Et pourquoi dire tant de mal des chers petits poussins, des jolis petits au duvet jaune si fin et si doux ?
Friquette en voulait, elle. Aussi s'empressa-t-elle d'entrer dans la cuisine, où la mère Lise faisait la soupe. Là elle se mit à glousser tout en se promenant autour de la fermière, et ses gloussements signifiaient: "Je voudrais des oeufs à couver, je voudrais de petits poussins !".
- Cette poule est toute drôle, dit la mère Lise à son mari, le père François. Je suis sûre qu'elle veut couver. Faudra lui préparer une corbeille avec de la paille dans un coin de la grange et lui donner une douzaine d'oeufs.
Friquette et Floquette (9 chapitres),
tirée des Nouvelles Histoires de Maman, par Mme Marguerite Piccard, ill. Mlle L. Harder,
1919 (2e), 196 pages, éd. Delachaux & Niestlé S.A., Neuchâtel/Paris
(à suivre ... suite sur demande uniquement)
Le même ouvrage contient également:
- Regrets
- Histoire d'un sapin
- La Feuille sèche
- La Leçon de chant
- Monsieur et Madame Hirondelle
- Les Oeufs de Pâques
- Il faut aimer ce que l'on a
- La Naissance des petits chats
- L'Ange gardien
- Le Ver luisant
- Souvenir
- Zoby
- De Trop
- Conte de Noël
- Peine de coeur
- La Mésaventure du Professeur
- Le Petit rayon de lune
- Le second Voyage du Petit rayon de lune
mercredi 29 novembre 2006
Bonne Maman Gâteau (chapitre 1)
Adieu Paris – Les plaisirs de la mer
M. et madame Gerbier, retenus pendant une grande partie de l'année par les nombreuses occupations d'une importante maison de commerce, ont conduit leurs trois enfants, Valentine, Marcel et Jules à Cabourg, chez leur bonne maman, où ils doivent passer toute la belle saison.
Madame Delcourt, la mère de madame Gerbier, possède dans cette localité une très jolie propriété, située avenue de la Mare. Depuis huit jours déjà, nos petits Parisiens ont donc quitté la capitale pour cette plage normande, où plus d'une surprise les attendait. Le voyage fut d'abord pour eux rempli d'étonnements: cette belle campagne, ces pâturages verdoyants, ces pommiers en fleur, car nous sommes au mois de juin, tout cela défila comme les tableaux d'une férie. Aussitôt arrivés, ont leur fit visiter le casino, l'église, l'établissement des bains; puis M. et madame Gerbier, voulant utiliser leur court séjour, les conduisirent jusqu'à Dives, en suivant la magnifique plage qui, pendant plusieurs kilomètres, présente une surface unie, garnie du sable le plus fin.
C'était la première fois que les enfants voyaient la mer dans toute son étendue; cette immense nappe d'eau, dont les flots étincelaient au soleil, leur causa une sorte de saisissement; mais cette impression dura peu. D'autres enfants de leur âge couraient à la mer remplir leurs petits seaux; les garçons construisaient des fortifications sur lesquelles ils plantaient de petits drapeaux jaunes, bleus ou rouges; tandis que les fillettes, se prenant par la main, dansaient en rond autour de ces citadelles improvisées.
Au bord de la mer, on a vite fait connaissance, la gaieté est communicative; aussi, le premier moment d'hésitation passé, nos petits Parisiens coururent-ils se mêler à la bande joyeuse des piocheurs de sable. Marcel s'était muni d'une pelle, Jules d'un petit seau; les voyant tous deux très occupés, madame Gerbier, les confiant aux soins de leur bonne, en profita pour aller avec son mari et sa fille visiter ce que Dives offre de curieux. En chemin, M. Gerbier dit à Valentine:
- Puisque tu commences à apprendre l'histoire de France, il est bon que tu saches quel fait important se rattache à l'historique de ce port. Je veux parler de l'embarquement de Guillaume le Conquérant et de son armée, partant pour aller conquérir l'Angleterre, en 1066. Pendant un mois, la flotte stationna dans cette rade, et cinquante mille hommes campèrent dans le voisinage, avant de mettre à la voile.
- Dives était donc alors une ville importante ? demanda la fillette.
- Sans doute, son commerce en faisait autrefois une cité florissante; mais de grands changements sont survenus, la mer s'est retirée à plus de deux kilomètres, réduisant à peu de chose son ancien port, et finalement ce n'est plus qu'un bourg de mille à onze cents habitants. Du reste, conclut M. Gerbier, les rues, les places, l'église, les halles, tout indique, comme tu vas le voir, que cet endroit compta autrefois une nombreuse population et vit de meilleurs jours.
On entra d'abord à l'église Notre-Dame où, après avoir admiré quelques détails de sculpure ancienne, M. Gerbier fit lire à Valentine les noms, gravés sur la pierre, des principaux compagnons de Guillaume le Conquérant.
Il lui raconta également la légende d'un très grand christ en bois, trouvé, dit-on, dans la mer par des pêcheurs. Plusieurs croix furent faites pour le recevoir, mais elles se trouvaient toujours trop grandes ou trop petites, losqu'un jour les mêmes pêcheurs ramenèrent avec leurs filets une croix de bois sur laquelle le christ s'adapta parfaitement. Un vitrail moderne représente ces deux faits. La famille Gerbier se rendit ensuite à l'hôtellerie de Guillaume le Conquérant, dont la construction remonte au XVIe siècle, et où l'on montre encore quelques meubles très curieux et des pièces d'orfèvrerie de la même époque.
L'air de la mer ayant aiguisé l'appétit de la fillette, elle demanda alors à goûter, mais madame Gerbier préféra acheter quelques gâteaux et retourner sur la plage, où l'on goûterait en famille.
- Valentine ! cria Marcel dès qu'il aperçut les promeneurs, viens donc voir.
Voici ce qui était arrivé. Aussitôt le départ de ses parents, Marcel, qui n'obéissait pas toujours à sa bonne, avait suivi d'autres petits garçons jusqu'à un endroit assez éloigné, où ils savaient trouver en quantité des coquillages de toute sorte. Bientôt, en effet, il revenait en ses poches bourrées de coquilles et tenant à la main son mouchoir noué par les quatre coins.
- Vilain petit garçon, dit la bonne en l'apercevant, comme vous voilà fait ! et qu'est-ce que vous m'apportez là ?
- Tu vas voir ! fit Marcel évitant de répondre, nous allons bien nous amuser.
Prenant alors la pelle des mains de Jules, il se mit à creuser un trou assez large, autour duquel il construisit un rempart de sable; puis, penché au-dessus de cette fortification, il dénoua avec précaution le mouchoir de poche d'où s'échappèrent deux magnifiques crabes. Aussitôt tombées dans le trou, les malheureuses bêtes en avaient fait le tour, espérant trouver une sortie, mais chaque fois qu'elles essayaient de grimper aux parois, Marcel, avec sa pelle, les en faisait redescendre.
Lorsque Valentine arriva, plusieurs enfants, attirés par les cris du bébé, entouraient le cercle où se débattaient les crabes; mais, contre leur attente, la fillette ne parut prendre aucun plaisir à continuer ce jeu.
- Petits méchants ! dit-elle, que vous ont fait ces pauvres bêtes, pour que vous les fassiez souffrir ainsi ?
Puis, sans crier gare, elle démolit d'un coup de pied une partie du rempart de sable, ouvrant ainsi une brêche aux crabes qui ne se firent pas prier pour déguerpir.
Marcel pleura, Jules cria, les autres enfants se mirent à la poursuite des fuyards; mais le chagrin des petits garçons ne dura pas; devant l'appétissant goûter, préparé par madame Gerbier, tout le monde se trouva bientôt d'accord.
On ne tarda pas ensuite à reprendre le chemin de Cabourg, où l'on arriva pour l'heure du dîner qui fut très gai, car chacun raconta à sa façon les aventures de la journée. Pourtant, lorsqu'on servit le dessert, le petit Jules, grisé par l'air frait de la mer et fatigué de cette longue promenande, s'était endormi.
Le lendemain, M. et madame Gerbier, étant retournés à Paris, madame Delcourt posa à ses petits-enfants les conditions suivantes:
- Mes chers mignons, leur dit-elle, je représente pour vous papa et maman, vous devez m'écouter et m'obéir, voici donc ce que j'ai décidé: comme je vois que votre plus grand plaisir est d'aller jouer au bord de la mer, votre bonne vous conduira chaque jour sur la plage.
- Oh ! oui, bonne maman, c'est si amusant ! quel bonheur ! s'écria étourdiment Marcel.
- Attends un peu, mon enfant, reprit madame Delcourt, je n'ai pas fini, je voulais ajouter que, pour mériter ce bonheur, comme tu dis si bien, il faudra se montrer docile, obéissant, savoir bien sa leçon et se tenir convenablement à table.
- Moi, fit Marcel, je serai très sage, afin de ne pas être mis aux arrêts.
- Et tu feras bien, car je serai très sévère. Maintenant que vous voilà prévenus, conclut la bonne maman, allez jouer au jardin, en attendant le déjeuner.
Cette première matinée s'étant passée d'une façon satisfaisante, quelques heures plus tard, les trois enfants partaient sous la conduite de leur bonne. Valentine portait sur son épaule l'un de ces petits filets, emmanchés au bout d'un bâton, et destinés à pêcher les crevettes, Jules n'avait pas oublié sa pelle et Marcel tenait le seau.
Lorsqu'on fut arrivé au bord de la mer:
- Voyons, dit Valentine, en se plaçant au milieu des deux petits garçons, à quoi allons-nous jouer ?
- A pêcher des crevettes, répondit Marcel sans hésiter, puisque tu as un filet.
- Sans doute, mais les crevettes ne se trouvent pas dans le sable, il faut aller loin peut-être et Mariette ne nous permettra pas …
- Si tu veux m'écouter, tu ne lui en diras rien, nous attendrons qu'elle soit installée près de Jules, que nous laisserons faire des pâtés de sable, et nous filerons; je connais un endroit où l'on trouve beaucoup de crevettes, c'est Georges qui me l'a indiqué.
- Qui est-ce que tu appelles Georges ?
- C'est celui qui m'avait donné les deux crabes l'autre jour.
- Tu as déjà des amis ? répliqua Valentine, mais moi je ne joue pas avec les petits garçons; puis, ajouta la fillette, ce serait désobéir, et tu sais ce que grand-mère nous a dit ce matin ?
- Bah ! qui le lui dira ?
- Son petit doigt d'abord, et puis si nous revenions tout mouillés, crois-tu qu'elle ne le verrait pas ?
- Tu as toujours peur; on peut bien aller pêcher des crevettes sans se mouiller tant que ça.
- C'est ce qui vous trompe, mon petit bonhomme, fit une pauvre femme de pêcheur, qui avait entendu au passage la réflexion de Marcel; il nous faut souvent aller assez loin en mer, et nous mettre de l'eau plus qu'à mi-jambes pour "péquer" un panier de crevettes, qui ne rapporte pas beaucoup d'argent. Votre sœur a raison, vous courez les risques de mouiller vos habits pour peu de chose … Mes beaux petits, à chacun son métier, et que Dieu vous garde ! ajouta la pêcheuse en s'éloignant.
D'après cela Marcel, voyant bien qu'il ne réussirait pas à entraîner sa sœur, en prit son parti pour cette fois, et courut se joindre aux autres enfants qui faisaient des fortifications, ou cherchaient des coquillages dans le sable.
(à suivre ...)
Comme le texte est assez long, la suite viendra sur demande uniquement.
Bonne Maman Gâteau
Je commence par l'histoire de Bonne Maman Gâteau, d'après Mme L. Hameau, Librairie de Théodore Lefèvre & Cie, éd. Emile Guérin (Paris); ouvrage illustré de dix planches en couleur.
Je n'en connais pas la date de parution, mais j'ai ce livre dans ma bibliothèque d'enfance, avec la dédicace manuscrite d'une marraine à sa filleule, datant de 1902.
L'histoire compte 10 chapitres et 10 illustrations. Impossible de trouver mention de l'illustrateur ou sa signature.
C'est l'histoire de trois enfants, Valentine et ses frères Marcel et Jules, en vacances à la mer chez leur bonne-maman.
Bonne lecture.



