jeudi 8 mai 2008
La mésaventure de deux gourmands
Max et Lili détestent les pois cassés, et justement on en sert souvent chez eux, à cause de grand'mère, à qui les purées sont recommandées. Chaque fois que le plat paraît sur la table, le frère et la soeur font la grimace; mais papa exige qu'ils en mangent une bonne part. Un matin, les deux enfants vont rôder à la cuisine:
- Quels légumes y a-t-il pour déjeuner, Maria ?
- De la purée de pois, répond la cuisinière
Le frère et la soeur sont navrés. Mais, soudain, une idée diabolique traverse la cervelle de Max. Il entraîne sa soeur dans le couloir pour la lui communiquer: on va rendre la purée immangeable. Lili, enchantée, bat des mains. Profitant d'un moment où la cuisinière s'abstente, ils rentrent dans la cuisine. Max saisit une poignée de poivre et la précipite dans la casserole, tandis que sa soeur soulève le couvercle. Puis tous deux se sauvent.
Le déjeuner arrive. On sert la purée. Grand'mère la mange sans faire de réflexion. Max et Lili n'y trouvent rien d'anormal: sans doute la dose de poivre n'était pas assez forte. C'est bien dommage ! Au dessert, on apporte une superbe crème au chocolat que les enfants dévorent des yeux.
La crème fait le tour de la table; mais à peine les convives y ont-ils goûté qu'ils rejettent leur cuillère en faisant des grimaces de dégoût. On tousse, on éternue; la crème est exécrable. Mais il y a du poivre dedans ! s'écrie petite mère. On appelle la cuisinière qui proteste de son innocence. Max et Lili échangent des regards de détresse. Ils comprennent qu'ils se sont trompé de casserole. Leur trouble et leur rougeur les trahissent et ils sont forcés d'avouer. Ils seront doublement punis: ils ont gâché l'excellente crème, et ils seront privés de dessert pendant huit jours.
Tiré de La Semaine de Suzette,
du 6 mai 1915, ill. Guydo
jeudi 24 avril 2008
La brave petite bergère
C'était pendant la révolution de 93. Républicains et royalistes se battaient en Vendée. Jacqueline, petite bergère de douze ans, gardait ses moutons dans la prairie tout en tricotant, quand elle vit accourir, sortant du bois voisin un homme âgé, harassé de fatigue, couvert de poussière.
Mon enfant, lui dit-il d'une voix haletante, les Bleus me poursuivent; s'ils m'atteignent ils me fusilleront. Par grâce, dites-moi où me cacher ?
Jacqueline regarda avec angoisse autour d'elle; rien, pas un buisson, pas une chaumière. Elle savait qu'il fallait une demi-heure de marche pour atteindre la première maison du village, et déjà des cris retentissaient dans le lointain.
Les voici, je suis perdu ! dit le fugitif
Non, répondit Jacqueline, mettez-vous à quatre pattes là.
Et elle désigna le revers du talus. Le royaliste obéit. La bergère jeta alors sur lui sa grande limousine qui le couvrit entièrement. Puis s'assit sur ce siège improvisé. Elle disposa à son côté un fagot qu'elle avait ramassé, appela son chien, le fit coucher à ses pieds et continua à tricoter. Quelques minutes plus tard, une bande d'hommes armés sortirent du bois.
Ils s'avancèrent vers la bergère et lui demandèrent si elle n'avait pas vu passer un homme qui s'enfuyait.
Mais oui, répondit-elle, il a pris le chemin de droite, qui va au village.
Les soldats s'élancèrent dans la direction indiquée. Le fugitif sortit alors de sa cachette ne sachant comment remercier l'intelligente et brave enfant qui lui avait sauvé la vie et qui ne semblait nullement se douter qu'elle avait accompli un acte héroïque.
Tiré de La Semaine du Suzette,
du 23 avril 1914
jeudi 17 avril 2008
Noblesse oblige
La petite fille d'Elisa Bonaparte, soeur de Napoléon Ier, jouait, un jour, seule, dans le jardin qui s'étendait devant le palais de ses parents, quand elle entendit retentir des cris.
Elle vit, sur l'avenue, une bande de gamins poursuivant une pauvre petite fille misérablement vêtue, qui courait en boitant. Celle-ci vint se réfugier près de la grille où se tenait la jeune princesse.
Ses persécuteurs alors l'abandonnèrent. La nièce de l'Empereur s'approcha d'elle et la questionna. La mendiante lui dit que les gamins la poursuivaient pour essayer de lui arracher deux sous qu'un passant charitable lui avait donnés.
En courant, elle s'était blessée sur un caillou tranchant, car elle était pieds nus. La petite princesse lui donna tout le contenu de sa bourse, ainsi que son propre goûter.
Puis, ôtant ses souliers et ses bas, elle les passa aux pieds de la petite. Sa gouvernante et sa dame d'honneur, qui la cherchaient avec inquiétude, furent fort étonnées de la voir pieds nus. Après avoir entendu ses explications, elles se récrièrent sur son bon coeur... déclarant que mademoiselle outrepassait les lois de la charité:
Hé ! répondit la charmante enfant, ne faut-il pas que je sois meilleure qu'une autre, puisque je suis une Bonaparte ?
Tiré de La Semaine de Suzette,
du 17 avril 1913, ill. Hérouard
jeudi 10 avril 2008
Poisson d'Avril
La petite Louise vit seule, avec sa grand'mère preque infirme, dans la plus pauvre maison du village. Louise soigne sa bonne-maman aussi bien qu'elle le peut et trouve encore le temps, pour gagner quelques sous, de travailler pour ses voisins. On lui confie des nettoyages, des commissions dont elle s'acquitte à merveille. C'est ainsi que, ce premier avril, revenant de chez l'épicier, elle rencontre, sur la place de l'église, trois garnements du village, rêvant à quelque méchant tour. Louise leur paraît une victime toute désignée. Dépêche-toi d'aller porter tes paquets, lui disent-ils, et reviens vite. Nous te mènerons chez quelqu'un qui veut te donner de l'ouvrage.
Bientôt, Louise est de retour. En retenant leurs rires, ils l'accompagnent jusqu'à une jolie villa qui vient d'être louée par une riche famille de Paris. C'est là, lui disent-ils, et ils la poussent dans le jardin.
Louise s'avance, un peu intimidée. Elle arrive bientôt devant une jeune femme, auprès de qui une petite fille joue à la poupée.
- Bonjour, madame, dit Louise en saluant poliment; je viens pour le travail que vous voulez me donner.
- Quel travail ? fait la dame surprise, qui a pu vous dire ... ?
Poisson d'avril ! Poisson d'avril ! crient à ce moment les gamins postés derrière la grille pour guetter le résultat de leur farce. En les entendant, Louise éclate en sanglots, elle était si contente de gagner un peu d'argent pour sa grand'mère ! La dame, qui est très bonne, la console de son mieux. M. le Curé lui a justement recommandé Louise; elle l'emploiera dans quelques jours et, en attendant, lui glisse dans la main un beau billet de dix francs auquel la petite fille joint un poisson de chocolat que les trois polissons, tout penauds de voir manquer leur vilaine farce, regardent avec envie. Mais Louise n'a pas de rancune. Non seulement elle leur pardonne sans arrière-pensée leur méchant poisson d'Avril, mais peut-être même partagera-t-elle avec eux le poisson de chocolat.
Tiré de La Semaine de Suzette du 9 avril 1921,
ill. Georges Bourdin
dimanche 23 mars 2008
Noël à Pâques ...
"Quelle bonne surprise je vais me faire demain matin en me réveillant !
Noël, hist. drôle, Almanach pour 1912,
ill. Le Rallic
* * *
Il s'agit ici d'une illustration réalisée par Le Rallic quand il n'avait que 21 ans. Sa signature n'a d'ailleurs pas encore la vigueur qu'on lui connaît. Peu lisible sur cette image, cette signature est visible dans l'article "Illustrateur: Le Rallic / Levesque".
jeudi 13 mars 2008
L'entorse de Colette
Cette semaine, pour faire suite à une demande particulière, cette histoire est destinée à E.P., en souvenir de sa maman ...
* * *
1.- Colette a un devoir à faire. Mais elle a commencé un sweater pour sa poupée et désire le finir tout de suite pour juger de l'effet. Voici déjà l'heure du dîner qui sonne. Elle a juste le temps de poser le dernier point de son tricot .. mais le devoir n'est pas fait !
2.- Quel prétexte trouver ? Hélas ! Colette n'en est pas à son premier mensonge. Elle dira à sa mère qu'elle s'est donné une entorse, en tombant sur le parquet de la bibliothèque .. Voici sa mère. Bien vite, l'enfant prend une mine attristée ..
J'ai glissé en cherchant mon dictionnaire, dit-elle, je crois bien m'être démis la cheville !
3.- On envoie aussitôt chercher le médecin. Il examine le membre malade, fait la moue, pose un pansement, recommande l'immobilité absolue et le séjour au lit, dans le calme. Cela ne fait pas l'affaire de Colette qui a, justement, cette semaine, beaucoup de sorties en perspective. Une matinée ici, une sauterie ailleurs .. Elle proteste.
- Oh ! docteur, ce sera vite guéri, n'est-ce pas ?
- Ah ! mais non ! Ces entorses sont très minutieuses à soigner. Elles nécessitent des précautions infinies ! Vous ne bougerez pas d'un mois !
Colette est furieuse. Elle ne souffre pas du tout, puisque sa maladie est une feinte. Elle s'ennuie, trouve les heures interminables. Elle voudrait se lever et regrette son mensonge. Mais autour d'elle, chacun respecte la consigne donnée .. et l'oblige à demeurer étendue. Une semaine s'écoule. Le docteur vient chaque jour. Un matin, il s'approche du lit de Colette:
- Eh bien, comment va ce pied ? Bien mieux ?
- Docteur, je ne souffre presque plus ! Je crois que je puis me lever !
- Vraiment ? Laissez-moi regarder votre pansement.
4.- Il se penche vers la malade .. Puis il relève la tête, l'oeil brillant.
- Comment, fait-il, je vous croyais blessée à la cheville droite ?
- Mais oui, docteur !
- Alors, pourquoi votre bande est-elle enroulée autour de la jambe gauche. Ah, Ah, conclut-il, en fronçant le sourcil, je vous y prends ! Depuis la première minute, j'ai vu que votre accient était inventé. Hier, je me suis amusé à changer votre pansement de pied. Vous ne vous en êtes pas aperçue !
Colette, confuse, baisse la tête. Le docteur appelle la mère de la prétendue malade:
- Votre enfant est guérie, lui dit-il; le mal a disparu .. Il était, d'ailleurs, sans gravité. Je vous laisse avec votre fille, elle vous expliquera.
En riant aux éclats, il s'éloigne.
5.- Ne comprenant pas, la maman demande une explication à l'enfant. Colette éclate en sanglots et confesse son mensonge.
- Comment, fait sa mère lorsque l'aveu est terminé, tu as pu jouer ainsi une aussi vilaine comédie ! Tu as vu mon tourment, ma tristesse et celle de ton père, et tu n'as rien dit ? Tu as commis plusieurs fautes graves: d'abord, tu as été négligente et paresseuse en faisant passer le plaisir avant ton travail; ensuite, tu as menti; enfin, tu as manqué de coeur, en t'obstinant dans ton mensonge, malgré la peine que tu nous causais.
A ces mots, la pauvre Colette comprit toute sa faute; elle fondit en larmes et demanda son pardon.
De ce jour, elle perdit son affreuse habitude de mentir et, d'elle-même, décida de renoncer à plusieurs parties de plaisir, dans les semaines qui suivirent, pour mieux soigner ses études.
Et, chaque fois qu'elle veut se donner quelques courage, elle pense à cette terrible histoire d'entorse et à sa confusion devant le médecin.
Tiré de La Semaine de Suzette, du 28 octobre 1926,
[Pierre d'Aubert] Pieri d'Aubert (sic), ill. Le Rallic
dimanche 2 mars 2008
Un trio de gourmands
Tony, Nanette et Nanon sont trois incorrigibles gourmands. Tante Anne leur donne chaque matin un bonbon qu'ils viennent chercher dans sa chambre. L'autre jour, Nanon, qui était montée sur une chaise pour recevoir sa friandise, sauta si maladroitement qu'elle roula à terre. Sa tante la relève bien vite.
- Pleures-tu parce que tu t'es fait mal ou parce que tu as déchiré ton tablier ?
- Non, répond Nanon à travers ses sanglots, c'est ... par ... ce .... que ... en tombant ... j'ai avalé ... mon bonbon ... sans le sucer !
Pour la consoler, tante Anne lui en donne un autre dont elle pourra savourer le goût à loisir, et l'emmène changer son tablier. En quittant sa chambre, elle recommande aux aînés de ne pas toucher à la boîte de bonbons et en vérifie le contenu à son retour.
- Bravo ! La bonbonnière est intacte !
- Tante, répon Tony, d'un air navré, c'est parce que nous n'avons pas pu l'ouvrir !
Tiré de Mon Journal, du 3 juin 1922,
ill. J. Duché
jeudi 21 février 2008
La morale de Mort-aux-Chardons
Périnette et Mort-aux-Chardons
Gaiement à la ville s'en vont
Pour acheter choux et oignons
Dont les deux paniers s'empliront.
Ce n'est pas très bon pour dinette,
Dit Gros Gourmand à la fillette;
De cerises une cueillette
Serait une meilleure emplette.
Les voilà tous les deux grimpant
Sur le bât de l'âne patient
Qui se dit en réfléchissant,
Que l'on ne doit rien à l'enfant
Voleur et désobéissant.
Alors, dans une course folle,
Faisant grotesque cabriole,
Les voleurs, en posture drôle,
Voient fuir le goûter qui s'envole.
La fermière rit aux éclats
De voir, au lieu de ses achats,
Arriver nos deux scélérats,
Les pieds en l'air, la tête en bas.
La morale de cette histoire,
Que je vous raconte de mémoire,
C'est qu'à voler il n'est point de gloire,
Ni profit: veuillez bien le croire.
Tiré de La Semaine de Suzette,
du 1er février 1912, ill. K.J. Fricero
dimanche 27 janvier 2008
Niniche purge sa poupée
Niniche est une petite fille qui n'en fait qu'à sa tête. On l'appelle Marijordonne. Elle a une belle poupée qu'elle tripote du matin au soir et qu'elle débarbouille à tout instant.
- Si bien que le vermillon de ses joues disparaît peu à peu. Catoche, lui dit-elle un jour (Catoche, c'est le nom de la poupée), je te trouve pâlotte. Tu as peut-être des vers, ma fille. Je parie que tu as besoin de te purger.
Oui, mais comment s'y prendre ? Comment purger une poupée ? Vous croyez que ça embarrasse Niniche ? Ah, vous ne la connaissez pas !
- Il y a une boîte de pilules purgatives sur le secrétaire de sa mère. Elle s'en empare.
- Pour les introduire dans la bouche de Catoche, elle fait un trou avec la pointe ..
- des ciseaux à ongles, et une à une, elle introduit les pilules. Toute la boîte y passe. Là, maintenant, ma petite chérie, à dodo. Tu vas reposer bien tranquillement. Les pilules vont faire leur effet à ton réveil, comme dit le docteur. Tu mangeras légèrement, du thé, du pain et des confitures. Après ça, tu seras tout à fait jolie. Tu reprendras ta bonne mine.
- Au revoir, Catoche. Eh bien, non ! Catoche est toujours aussi pâle le lendemain. Mon dieu ! Qu'est-ce qu'elle peut bien avoir, cette enfant-là ?
- Elle la montre à son frère Toto, d'un an plus âgé qu'elle, mais qu'elle juge plein d'expérience. Celui-ci, sans plus ..
- de façon, prend Catoche et la secoue ! Tiens ! Ça sonne dans son ventre. Diable ! C'est mauvais signe. Niniche avoue qu'elle lui a fait ..
- avaler toute une boîte de pilules. T'as exagéré, tu lui as détraqué la digestion, ma petite, c'est une grave imprudence. Ta fille va peut-être en mourir !
- Ces paroles peu encourageantes effrayent beaucoup Niniche. Elle se désole. Que faire ? Comment rendre à Catoche sa fraîcheur et sa santé. Infortunée Niniche ! C'est affreux !
Je ne vois qu'un remède, continue le sage Toto, c'est le grand air. Il n'y a que ça pour fortifier les enfants. Faut la porter dans le jardin, au bord de l'eau ..
- et puis la laisser là pendant quelque temps. Si tu veux, je vais l'installer moi-même. Là, comme ça. Elle sera très bien ainsi, mam'zelle Catoche. Elle va respirer à pleins poumons. Ça ne vaut rien d'être toujours enfermée. Niniche reprend immédiatement de l'espoir. Sur ces entrefaites, voilà ses amies, Tata et Poulette ..
- qui viennent la voir. On s'installe à faire une partie de bataille sous les arbres et, ma foi, on ne pense plus du tout à Catoche, mais plus du tout. C'est seulenent le lendemain matin ..
- que Niniche y songe et elle s'en va bien vite la retrouver. Horreur ! Catoche est noyée ! Niniche pousse des cris perçants qui attirent Toto. Que s'est-il passé ? Tout simplement que le jeune chat de la maison a joué lui aussi ..
- à la poupée et il l'a poussée dans le bassin. Mais nos enfants l'ignorent. Toto, qui n'a pas plus de cervelle que sa soeur, se sent en veine d'héroïsme. Il faut sauver Catoche. Il ne fait ni une, ni deux, il s'élance et pique une tête en pleine eau. C'est magnifique. Il patauge un instant, puis s'enfonce dans la vase et il s'en serait tiré ..
- difficilement, si le jardinier n'était accouru à son secours. Il sort du bassin le garçon et la poupée. Puis il en sort lui-même et tous les trois sont dans un joli état, inutile de le dire. Hélas ! à la vue de Catoche, Niniche se doute bien qu'il ..
sera impossible de la rappeler à la vie ! Mais les cris ont attiré maman qui prononce ces mots: Mademoiselle, vous n'aurez d'autre poupée que lorsque vous voudrez bien consulter votre mère avant de suivre vos fantaisies, et vous, monsieur, vous n'aurez pas de marmelade de pommes sur votre pain, pendant deux jours !
Tiré de Lisette, du 23 avril 1922 (2e année),
ill. Eugène Le Mouël
dimanche 4 novembre 2007
Comment coiffer les petites filles
Lorsqu'on pénètre dans une assemblée de fillettes, on a parfois, devant toutes ces petites têtes aux cheveux coupés, l'impression qu'on est parmi de jeunes garçons. On voit de moins en moins - et c'est dommage ! - les longues nattes, les soyeuses et seyantes anglaises, dont se paraient si joliment, au temps de la comtesse de Ségur, les petites filles modèles.
Cependant, que les cheveux soient courts ou longs, il est bien des façons de coiffer nos filles. Mais, avant d'en adopter une, il est bon d'étudier, d'abord, le visage qu'elle doit faire valoir.

Une enfant brune aux cheveux plats sera charmante le front dégagé, la frange ramenée en arrière par un peigne rond. Cette arrangement, à la fois net, chic et très pratique, mais qui ne saurait convenir à une petite maigriote, avantagera une figure ronde, aux joues pleines, en accentuant son caractère de santé.
Le ruban de velours ceignant étroitement la tête fera fort bien dans une chevelure claire, facilement ébourriffée et qu'il disciplinera.
Une raie sur le côté, laissant une grosse mèche en auvent sur les yeux, embellira l'enfant aux traits irréguliers.
Pour les cheveux mousseux, la coiffure à l'Infante restera la préférée avec sa mèche rattrapée sur la tempe par une cocarde de taffetas. On relèvera par devant, avec un lien qui s'appliquera sur le front, les longues boucles - s'il en est ! - tandis que les plus courtes flotteront librement.
Encadrée d'une coiffure dite "genre Sophie", une figure rieuse semblera plus aimable encore: on roulera les cheveux sur des rubans de moire noués à la hauteur des tempes.
Enfin, s'il s'agit d'une toison longue et épaisse, deux pesantes tresses, ramenées en avant, la partageront, à moins qu'on ne préfère tourner sur les oreilles les nattes bien lisses qu'on avancera sur les joues.
Tiré de Nos Loisirs; Revue de la Femme et du Foyer,
Lebon (coiffeur), ill. J. Duché, du 1er octobre 1924
